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« Aujourd’hui, une heure d’ensilage coûte 48 € de GNR. C’était 28 € l’an dernier »

Sans baisse rapide du prix du GNR, les entrepreneurs de travaux agricoles vont devoir réviser leurs tarifs pour les travaux de printemps

Les vaches font rarement dans la géopolitique… et pourtant, le conflit en Iran pourrait bien impacter leur assiette. Avec la hausse des prix des carburants, la saison de fenaison s’annonce sous des auspices incertains. Entre hausses de charges et marges déjà serrées, les entrepreneurs se demandent comment répercuter ces coûts sur les prestations sans trop pénaliser les agriculteurs.

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En deux semaines, le prix du gasoil non routier (GNR) a presque doublé. Alors que les fauches de printemps approchent, tout porte à croire que les grilles de tarif de fenaison vont être revues à la hausse.

Du GNR entre 1,10 €/l et 1,20 €/l

Pour Sébastien Chat, gérant de la SAS Chat dans la Loire, « le carburant est passé de 0,70 € HT le litre, à 1,20 € HT en quelques jours ». Même rengaine en Mayenne, chez Thibault Berruyer sur l’ETA 2B Agri. « L’an dernier, au 4 mars 2025, j’ai acheté du GNR à 0,73 € le litre. Cette année, au 10 mars, il était à 1,08 € ».

Le GNR n’en est pas à se première hausse. « J’ai souvenir d’en avoir rentré à 1,97 € TTC au moment de la guerre en Ukraine », se remémore Gauthier Devaux, entrepreneur dans le Pas-de-Calais. « Là, j’ai fait le plein à 1,27 € TTC ». Mais entre-temps, la fiscalité autour du GNR a évolué. La TIPP (taxe intérieure sur les produits pétroliers) est directement déduite du prix de vente. « 1,27 € TTC aujourd’hui, ça équivaut à 1,41 € TTC d’il y a quatre ans ».

Impossible pour les entrepreneurs d’encaisser, seuls, la hausse. « Je passe 100 000 l de GNR à l’année. Une hausse de 50 centimes du litre, ça représente 50 000 € de charges supplémentaires. C’est presque mon résultat annuel », déplore Sébastien Chat.

Avec des ensileuses qui consomment près de 40 litres à l’heure, les chiffres montent vite. « Faire tourner une machine pendant une heure coûtait 28 € il y a trois semaines. Aujourd’hui, c’est 48 € », constate l’entrepreneur. Même constat du côté des presses-enrubanneuses, calcule Pierre-Richard Tarayre, entrepreneur en Aveyron. « On consomme entre 20 et 25 l à l’heure, le coût du carburant passe mécaniquement de 14 € à 24 € de l’heure ».

Ramenés à l’hectare, les chiffres apparaissent plus raisonnables : compter 4 ou 5 € de hausse pour l’ensilage d’herbe. « Au global, l’agriculteur en aura peut-être pour 50 ou 70 € en plus sur sa prestation d’ensilage d’herbe », poursuit Sébastien Chat. Il n’empêche que les hausses sont difficiles à faire passer. « C’est toujours très difficile à faire avaler au client », ajoute Pierre-Richard Tarayre.

« Pour l’instant je n’ai pas changé mes tarifs. La saison n’a pas encore vraiment commencé… J’espère surtout que les prix vont baisser au moment où l’on entamera la fenaison, mais j’ai du mal à y croire », complète l’entrepreneur aveyronnais. « Je pense que je vais devoir ajouter une ligne d’indexation sur le prix du carburant, comme on avait fait il y a quelques années », ajoute Sébastien Chat. Même logique pour Gauthier Devaux : « je n’ai pas passé de hausses pour les semis de betteraves, mais je pense que je devrais ajouter une ligne carburant pour la fenaison. Une ensileuse, c’est 1 000 l par jour, un combiné de fauche 400 l… C’est une période où je tourne à 2 000 l par jour. Si l’on ne fixe pas bien les prix, ça pose vite un problème de rentabilité ».

Du gasoil dans une cuve, c’est de l’argent immobilisé

D’autant que la prestation de l’entrepreneur n’est pas la seule à augmenter. « La facture de l’ensileuse augmente, mais il y a aussi le carburant pour les tracteurs qui roulent les bennes, celui qui tasse… Et le prix du lait qui baisse en parallèle », complète Sébastien Chat, également éleveur laitier. « Chez moi, le lait à perdu 80 €/1 000 l sur le début d’année. Le prix du carburant est presque multiplié par deux et les engrais s’envolent ».

Au-delà du prix, le carburant devient un véritable enjeu de trésorerie pour les entrepreneurs. « Je passe 70 000 l à l’année et j’ai de quoi stocker environ 3 000 l », précise Pierre-Richard Tarayre. La plupart des ETA travaillent à flux tendu. « Le livreur vient presque toutes les semaines », confirme Thibault Berruyer. « Pour nous, c’est plus intéressant. Du gasoil dans une cuve, c’est de l’argent immobilisé… Mais on se demande à force s’il ne serait pas intéressant de stocker du carburant ». Le projet reste complexe, « il faut financer les cuves, éventuellement faire des courts termes pour avoir du fond de roulement… Et surtout ne pas acheter au mauvais moment », poursuit le gérant de l’ETA 2B Agri.

Matériel, carburant, fiscalité : des ETA sous tension

Pour Sébastien Chat, la hausse du prix des carburants rappelle avant tout la vulnérabilité des filières agricoles. « On travaille avec des petites marges par rapport aux investissements », rappelle l’entrepreneur mayennais. « Le prix du matériel pèse très lourd sur les structures. C’est notre plus grosse charge, si bien qu’il y a peu de marge de manœuvre pour la volatilité des intrants ».

Pierre-Richard Tarayre regrette également un contexte fiscal défavorable aux entreprises des travaux agricoles. Pour l’entrepreneur, la hausse du prix du GNR fait office de double peine après l’annonce d’un crédit d’impôt mécanisation collective pour les agriculteurs en Cuma en 2026. « Entre les avantages des Cuma et des agriculteurs qui effectuent des prestations, le métier d’entrepreneur de travaux agricoles est compromis », poursuit le gérant de l’ETA Tarayre, qui craint que les tarifs finissent par rebuter les clients. « J’ai peur que certains agriculteurs diffèrent des travaux. Il faudra toujours récolter, mais certains remettront des travaux d’épareuse ou de chaulage à plus tard ».

Fauche, ensilage, pressage, enrubannage… « En agriculture, il n’y a pas de secret, tout consomme », conclut Thibault Berruyer.

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